Citroën SM, ce coupé de prestige dévoilé en 1970 au Salon de Genève, incarne un paradoxe fascinant dans l’histoire automobile française. Fruit d’une alliance audacieuse entre Citroën et Maserati, cette voiture française alliait ingénierie innovante et design automobile avant-gardiste, mais son parcours commercial fut marqué par un échec commercial qui masque sa richesse technologique et esthétique. Aujourd’hui, la SM demeure une voiture classique extrêmement prisée, une voiture légendaire symbolisant l’aspiration à un luxe à la française introuvable dans d’autres gammes de son époque. Retour sur ce modèle au destin singulier, ses caractéristiques majeures et les éléments qui expliquent sa chute.
Quelques points clés à retenir :
- La Citroën SM mêle un V6 Maserati et la fameuse suspension hydropneumatique, une prouesse technique unique.
- Son design automobile signé Robert Opron impose un style novateur encore apprécié aujourd’hui.
- Des problèmes de fiabilité et un réseau de distribution peu préparé ont contribué à sa réputation mitigée.
- La fermeture du marché américain a stoppé net sa progression commerciale, malgré des débuts prometteurs.
- La gamme n’a jamais évolué, promettant un avenir de luxe qui aurait pu rivaliser avec les grands constructeurs européens.
Naissance d’un coupé de luxe : histoire et contexte de la Citroën SM
La Citroën SM est née dans un contexte de quête d’excellence et d’innovation. Citroën, fort de son succès avec la DS, souhaitait franchir une étape en proposant un véhicule haut de gamme français capable d’affronter les GT européennes. Le rachat de Maserati en 1968 ouvrait la voie à un moteur noble pour habiller ce projet : un V6 2,7 litres développé à partir du V8 Maserati Indy, conçu par l’ingénieur Alfieri. Présentée en 1970, la SM allie ingénierie innovante avec la suspension hydropneumatique, la direction assistée Diravi et un système de freinage sophistiqué, tout en offrant une silhouette futuriste façonnée par le talent de Robert Opron.
Le lancement fut un pari : proposer une voiture de luxe française, performante avec 180 ch, capable de tenir tête aux BMW, Porsche ou Mercedes. À l’époque, elle frôle 220 km/h, un record pour une traction avant de série. Pourtant, le marché français et européen ne sont pas forcément prêts pour ce type de coupé, dont le tarif est élevé, et la technologie exigeante.
Les modèles Citroen classiques
Caractéristiques notables du Citroën SM : technologie et style au service du luxe
Le point fort de la SM réside dans son architecture technique alliée à un design hors du commun :
- Moteur V6 Maserati : 2,7 à 3 litres, injection mécanique sur les versions tardives, avec une puissance d’environ 170-180 ch.
- Suspension hydropneumatique : prolongement technique des DS, assurant un confort inégalé et une tenue de route exceptionnelle.
- Direction à assistance variable Diravi : offrant précision à haute vitesse et facilité de manœuvre.
- Design signé Robert Opron : carrosserie aérodynamique avec six phares sous une verrière, lignes fluides et proportions équilibrées.
- Freinage à disque, pesant sur la sécurité : un usage avancé pour l’époque, souvent sous-estimé en entretien.
La SM ne se contente pas d’être belle à regarder. Sa mécanique innovante révèle une voiture de grand tourisme capable de performances sérieuses tout en assurant un confort de roulage remarquable. Sa cote élevée aujourd’hui témoigne de cet attrait durable.
Tableau récapitulatif des principales spécifications techniques
| Caractéristique | Description |
|---|---|
| Moteur | V6 Maserati 2,7 – 3,0 litres |
| Puissance | 170 à 180 ch DIN |
| Transmission | Traction avant |
| Suspension | Hydropneumatique à correcteur de hauteur |
| Vitesse maximale | 220 km/h (record pour une traction avant de l’époque) |
| Production | 12 920 exemplaires (1970-1975) |
Modèles emblématiques et déclinaisons du coupé SM
Bien que la SM soit essentiellement un coupé, quelques variantes spéciales ont vu le jour, parfois issues de carrossiers renommés :
- SM Mylord : un cabriolet rare réalisé par Chapron (8 exemplaires).
- SM Opéra : une berline de prestige à quatre portes, version spéciale Chapron, devenue iconique en usage présidentiel avec deux landaulets pour la République française.
- SM Targa Espace : réalisée par Heuliez, deux exemplaires, avec un toit amovible.
Ces versions limitées ajoutent une dimension encore plus exclusive au patrimoine SM, loin des standards commerciaux classiques, tout en renforçant l’image de la SM comme voiture de luxe et objet de collection.
Les raisons de l’échec commercial de la Citroën SM malgré ses qualités
Plusieurs éléments combinés ont entraîné la chute de cette voiture française d’exception :
- Complexité technique et fiabilité moteur : Le V6 Maserati, bien que noble, demandait un entretien rigoureux que le réseau Citroën n’était pas préparé à assurer, créant des déboires réputationnels.
- Manque d’expertise dans le réseau officiel : Les concessions se sont souvent trouvées dépassées par la maintenance spécifique et la technologie avancée, freinant la fidélisation client.
- Prix élevé : Le tarif dépassait largement celui des DS, plaçant la SM dans une catégorie élitiste difficile d’accès.
- Fermeture du marché américain : Visant principalement les États-Unis, la SM a vu ses ventes brutalement stoppées à cause des normes et de la disparition de ce marché crucial.
- Choc pétrolier de 1973 : À une époque où la consommation (15-16 litres/100 km) était scrutée, la SM fut la première victime énergétique parmi les GT françaises.
L’association fructueuse Citroën-Maserati a souffert d’une organisation encore trop naïve sur l’après-vente et un contexte économique défavorable, ce qui explique pourquoi une voiture de luxe aussi prometteuse a tristement été reléguée à l’oubli commercial.
Entretenir, restaurer et acquérir une Citroën SM en 2025 : conseils pratiques
Disposer d’un tel véhicule aujourd’hui impose une gestion technique pointue, mais parfaitement accessible :
- Entretien régulier et contrôle approfondi : Prioriser la vérification du circuit hydraulique (pompes, sphères), du moteur V6 et de la direction Diravi.
- Valise diagnostic spécifique Citroën : elle permet de détecter des codes défaut des systèmes hydrauliques et moteurs, évitant des remplacements inutiles.
- Outils requis : clés Torx, multimètre, pompe à dépression pour tester la direction assistée, clés classiques pour le moteur Maserati.
- Pièces compatibles et sourcing : certaines pièces Maserati d’époque sont difficilement trouvables, la restauration passe par un réseau de spécialistes passionnés et d’importateurs européens.
- Savoir reconnaître une SM en potentiel concours : attention à la carrosserie (corrosion fréquente), conformité moteur et bon historique d’entretien.
Quelles sont les pannes fréquentes à surveiller sur une Citroën SM ?
Les plus communes concernent le circuit hydraulique (fuites, sphères usées), la pompe à haute pression, et des problèmes liés au système d’allumage du V6 Maserati. Attention aussi à la corrosion de la carrosserie.
Peut-on diagnostiquer soi-même les soucis liés à la suspension hydropneumatique ?
Oui, avec une valise diagnostic spécialisée Citroën et un multimètre, vous pouvez vérifier les sphères et la pression hydraulique. Cela limite les visites coûteuses au garage.
Quel entretien spécifique pour le moteur V6 Maserati ?
L’entretien passe par une révision régulière des allumages, choix correct de carburants, nettoyage périodique des injecteurs (pour les versions à injection), et vérification des joints.
Le réseau officiel Citroën prend-il encore en charge la SM ?
Peu de concessions aujourd’hui ont les compétences adaptées. Il est conseillé de se tourner vers des spécialistes indépendants pour éviter les devis excessifs et erreurs de diagnostics.
La Citroën SM a-t-elle un avenir dans les rallyes historiques ?
Oui, grâce à sa robustesse démontrée notamment au Rallye du Maroc 1971, elle reste une concurrente sérieuse dans les compétitions pour voitures classiques, surtout avec une préparation mécanique bien maîtrisée.